Cris-ès*
Pourquoi les crises produisent-elles une logorrhée généralisée ?
Un petit tour sur le web suffit pour s’en rendre compte. Inutile de compter les revues, ouvrages, interviews, émissions, dossiers, documentaires, et les appels à contribution qui fleurissent en temps de « crise » ou de l’après-crise.
Des réactions en chaîne, des déluges de paroles ; l’étant parlant se noie dans sa propre logorrhée.
Je me lance aussi dans cette logorrhée collective qui atteint l’humanité et la rend vulnérable.
Pourquoi ce besoin existentiel de production langagière ? Pourquoi cette surenchère verbale ?
Pourquoi cette prolifération incessante du langage ? Pourquoi l’après-crise (financière) est une crise langagière ?
À quoi sert cette économie du langage ?
Les besoins de nommer, identifier, explorer, justifier et de réagir comme celui de verbaliser ses angoisses dépassent ceux d’informer et de réfléchir silencieusement.
La logorrhée est-elle une composante de l’étant humain ? Provient-elle d’une « crise [prise] de conscience » qui nous a permis de communiquer ?
Le langage n’est-il pas originaire de la « crise » ?
Je ou la logorrhée existentielle ; une perfide économie du signe. Le performatif du signe chavire-t-il ou est-il en train de révéler une antique psychose collective.
* Dans un dictionnaire (encore) fictif, le terme Crise est ainsi défini : s.f. qui s'écrit aussi cris-e (ou cris-è) au singulier ; cris-es (ou cris-ès) au pluriel.