La page blanche

Publié le par Dinah

 

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Quand on n'a que les mots pour guérir les blessures des mots, on se replie sur soi-même et on navigue dans l’Océan de savoir.

Quand on n'a que les choix pour déterminer ce je, on se cache dans l’espace-temps performatif du support linguistique et dans les silences qui gouvernent l’écriture.

Dans le silence qui nous entoure, puis nous happe, on entend une petite voix qui nous murmure des récits oubliés…

La page blanche ne me fait pas peur ; elle relate son propre langage.

Je viens habiller ce corps, voilà les coupes et les mesures. Tout est là.

J’ai quelques mots à semer ici et là, dans ce corps étendu où mes courbes linguistiques apparaissent et étonnent…

Dans ses veines, je m’étale en récits. L’habillement ne fait pas le récit mais le voir le fait. L’incertitude se croit en moi, les touches du clavier restent telles quelles, mais les pressions discontinues des doigts produisent ce qui agite mon être. Je respecte les mesures, les tons, les temps, les supports et même les notes. Je me voue à la lisibilité, toutefois, une part de ce que je donne me surpasse.

Un surplus langagier anime les écrits et les rend vivants. Un surplus langagier évolutif du moi imprègne cette écriture concise. Peu de gens me regardent les yeux dans les yeux ou me dévisagent. On s’intéresse aux sens des lignes et on me délaisse.

Qui examine de nos jours l’archéologie de l’énoncé ou la préhistoire du Degré zéro de l’écriture qui comprend la couche énonciative lisse que je suis. Peu importe mes formes et mes résistances dans l’espace-temps, on oublie de me voir…

Le mannequin que je suis reste là, toujours là, toujours standardisé et normatif, dans l’attente de ton regard.


                                                                                            

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