(D)Écrire en femme

Publié le par Dinah

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Comme une blessure, je crache du sang en mots rouges qui interrogent l’Horizon et infectent le Néant de ce « supplément d’âme » apparent…

Une belle plume, dit-on, s’écrase dans le temps, sur les joues pâles des feuilles des rosiers sauvages. Une ivresse s’acharne à s’introduire dans la conscience tangible du vivant. Et te décrire l’en-soi, cette chose qui s’érige parfois en miroirs flagellant et figeant nos corps dans l’impuissance.

Les carêmes de l’écrit ne me donnent plus l’envie d’être en dehors de l’écriture.

Écrire, c’est murmurer aux oreilles du temps son existence. Et en cadences, faire tourner les sens et pivoter l’absence de ce dont on n’a plus…

L’indicible qui frappe à nos portes, n’est que le visage de soi en dépit des répits de ses traits…

Écrire pour ne plus mourir dans la solitude du néant, pour faire jaillir des mots dociles les étreintes du moi.

Écrire pour s'assembler, se ressembler et se différencier en même temps.

Écrire pour recueillir les pots cassés de nos jardins, et remplir l’espace de l’audace des chosifiées rendues vivantes.

Écrire maintenant, pour interpeller l’instant créatif qui fractionne le temps…

Qualifiée de tout sauf de ce sujet acteur de sa vie, j'emprunte le je pour me disculper et injecter dans l'en-désir la force de se définir en plaisirs assujettissants.

Écrire pour ranimer les marionnettes de nos vieux jours jonchées dans les tripes du vivant.

Écris, fais quelques pas encore dans les structures sur mesure accordées au vivant, oui, quelques pas dans le langage en portant nos bagages de mortels conscients mais non consentants….

Traçons ensemble des chemins divers et des univers flamboyants avec les plumes des suggestions.

Comme mes aïeules, je borde les bords du tissu romanesque et me tâche de charger les minutes, qui me traversent, des résistances de tous les temps.

Écrire, c’est réinventer quotidiennement la machine à voyager dans le temps..

Écrire pour relancer les souvenirs et ressaisir les laisses du temps. En loups pourtant, les mots mordent ici et là et dévorent les petits chaperons rouges qui s’aventurent dedans ; le monde de l’écriture est la forêt enchanteresse dans laquelle l'on s’adonne au présent, sans se soucier de l’éternelle jeunesse des termes-outils constituants et innovateurs du temps.

Écrire pour arroser les racines des idées et secouer leurs arbres fruitiers pour récolter les semences de nos aïeules...

Écrire, c'est autrement aimer la vie et être dans l'amour, la couverture du vivant ; une enveloppe charnelle déployée en poésie dans l'espace-temps.

30 mai 2010 à 00h06