Conversation d’outre-tombe

Publié le par Dinah



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Ouvrir son cœur comme s’ouvre la tulipe quand l’aube avance sur la nature en rosée bien fraîche. Je ne sais plus raconter des histoires et, pourtant une porte quelque part grince en moi…

Je ne sais plus raconter d'histoires, je suis conteuse délaissée dans l’Histoire des histoires…

Je suis conteuse de contes de fées, on dit que j’ai plus de trois siècles et des poussières. Je retourne à la terre de mes ancêtres pour labourer le tout magique dans lequel je plante mes graines.

 

J’ouvre mon cœur à toi, chère inconnue, qui fais grincer ma porte et questionnes mes souhaits.

Dis-moi, sais-tu qui je suis ? Viens-tu me voir pour le plaisir de discuter avec ton aïeule ou bien pour dépoussiérer ma vie.

Ma case est bien en crasse et chargée d’odeurs animalières. Vois-tu toutes ces ombres qui se dessinent ici et là autour de nous ?

Ils sont bien sûr mes amis…

La case est peuplée d’animaux qui s’y amusent et vivent selon la loi de la jungle.

Je suis là par hasard, je suis la seule personne qui ne sait pas profiter de la vie ou de vivre sans trop se poser de questions.

J’ai un public bien différent, bien sauvage et assez volage qui n’aime pas que l’on lui raconte n’importe quoi…

Et toi, bien citadine, policée, brillante, maquillée et parfumée….

Viens-tu faire quoi dans ces lieux hostiles où les princesses et les princes d’antan vivaient de bon aloi.

 

Dans tous mes contes, les princes aiment, souffrent, souhaitent et adorent leurs princesses. Ils n’aspirent qu’à cela.

Ils ne veulent que conquérir les cœurs de leurs bien-aimées.

Le monde magique auquel j’appartiens est bien différent du tien.

Féeries et magies, splendeurs et gaîtés animent tout ce monde. Le mal n’est pourtant pas loin, il est aussi bien présent et cause des souffrances.

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Voudrais-tu une tasse de thé ? Alice aimait bien le thé, et toi, jeune et belle dans cette robe cousue de mille et une étoiles que fais-tu là, ici, dans la case oubliée d’une vieille conteuse et sorcière d’autres temps.

Viens-tu me lier à ton sort de citadine du XXIe siècle qui ne croit qu’en sciences et causes déterminées ?

Je t’ai habillée selon ton rang, tu es ici une princesse orientale dont la beauté, l’éclat et la richesse ne puissent être égalés.

Je ne sais plus conter, je te l’assure, et cette maudite aube qui arrive en toi, par toi me fatigue la tête…

L’éclat de ton être perturbe mon silence et rembobine ma vie.

Je ne sais plus conter, ne vois-tu pas cela, je ne sais que poser des questions, qu’interroger les passantes, passants et moi-même sur tout et pour n’importe quoi.

Les animaux de la forêt enchantée me tiennent compagnie. Ils passent leur temps à vivre et je passe le mien à les regarder…

Je ne sais plus raconter, j’ai oublié toutes ces histoires faites pour éduquer et instruire les fillettes de tous les temps. J’ai oublié les joies de conter, d’être écoutée, attendue et entendue mieux que le Messie par tous les braves et les épaves des villes et des villages de l’Europe.

Dans le passé, je voyageais beaucoup et me déplaçais comme l’air, avec le vent et les rayons des astres. J’étais bien légère et ma tête était remplie de récits, dieux merci, j’ai bien oublié tout ceci.

 

Maintenant, je suis toujours assise sur les rivages du Lac des Cygnes, je vois encore les mages, les fées et autres êtres magiques bons ou maléfiques traverser la forêt en s’arrêtant quelques instants devant ma case  avant qu’ils se lassent de frapper à ma porte et ne point entendre de réponse.

Et toi, comment as-tu osé faire cela, ouvrir ma porte et ce cœur bien fermés depuis des siècles ?

Pourquoi me laisses-tu parler toute seule et ne me réponds-tu guère ?

Je suis fière et n’aime point que l’on ose m’atteindre ainsi dans l’estime que je porte pour tout ce que je représente.

Raconte-moi ton récit, que se passe-t-il dans ta vie et pourquoi es-tu là face à moi.

Ne me réponds-tu donc jamais, ne voudrais-tu pas me dire, à quoi bon te sert de frémir en ma présence habillée ainsi par mes soins et selon mes envies.

Réponds-moi, je t’en prie, réponds-moi avant que ce soit l’Oubli qui rythme notre longue et intime conversation...

 

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Jeudi 11 mars 2010 à 18h00



Publié dans Bribes fictives

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